Mis à jour le 13 septembre 2026
Le SYSCOHADA révisé s’impose aux entreprises togolaises pour leurs comptes annuels depuis le 1er janvier 2018, mais beaucoup de dossiers de PME gardent les habitudes de l’ancien système : TAFIRE, « système allégé », camions amortis d’un seul bloc. Ce guide reprend ce que prévoit réellement l’Acte uniforme de 2017, article par article. Il vous donne ensuite le calendrier et la checklist de clôture de l’exercice 2026, jusqu’à la liasse fiscale du 30 avril 2027.
L’essentiel
- Deux systèmes seulement : le système normal et le système minimal de trésorerie, ou SMT (AUDCIF art. 11). Le système allégé a été abandonné.
- SMT possible si le chiffre d’affaires HT annuel est inférieur à 60 000 000 FCFA (négoce), 40 000 000 FCFA (artisanat) ou 30 000 000 FCFA (services) (art. 13).
- Système normal : bilan, compte de résultat, tableau des flux de trésorerie et notes annexes (art. 8 et 26).
- États financiers arrêtés dans les 4 mois de la clôture (art. 23), approuvés dans les 6 mois (art. 72), livres et pièces conservés 10 ans (art. 24).
- Liasse fiscale jointe à la déclaration de résultat au plus tard le 30 avril, en 5 exemplaires (LPF art. 49 et 50).
- Entités cotées ou faisant appel public à l’épargne : états financiers IFRS en plus des comptes SYSCOHADA (art. 8).
Quels textes régissent la comptabilité des entreprises au Togo ?
Le Togo est un État partie de l’OHADA. Son droit comptable est fixé par l’Acte uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière (AUDCIF), adopté le 26 janvier 2017 à Brazzaville et publié au Journal officiel de l’OHADA le 15 février 2017. Il remplace l’Acte uniforme du 24 mars 2000. Son annexe, le Système comptable OHADA (SYSCOHADA), réunit le Plan comptable général OHADA et le Dispositif comptable relatif aux comptes consolidés et combinés (art. 5).
Il s’applique aux comptes personnels depuis le 1er janvier 2018, et aux comptes consolidés, combinés et IFRS depuis le 1er janvier 2019 (art. 113). Il vise les commerçants, les sociétés commerciales et coopératives, les entités publiques, parapubliques et d’économie mixte, et toute entité exerçant des activités économiques répétitives, sauf celles soumises à la comptabilité publique (art. 2).
À retenir
Six catégories d’entités ne sont pas assujetties au SYSCOHADA : les établissements de crédit, les établissements de microfinance, les acteurs du marché financier, les sociétés d’assurance et de réassurance, les organismes de sécurité et de prévoyance sociales, et les entités à but non lucratif (art. 5). Les associations, ONG et projets de développement appliquent le SYCEBNL depuis le 1er janvier 2024 (voir notre article sur l’audit des ONG et projets au Togo). Notre guide pour choisir le bon référentiel comptable OHADA détaille chaque cas, et notre article sur la microfinance au Togo traite des SFD.
Système normal ou système minimal de trésorerie : lequel appliquer ?
L’AUDCIF ne retient que deux présentations des comptes : le système normal et le SMT (art. 11). Toute entité relève du système normal, sauf exception liée à sa taille, appréciée sur le chiffre d’affaires hors taxes. Dans sa présentation officielle du texte, l’OHADA souligne l’abandon du système allégé, qui servait d’étage intermédiaire, et le relèvement des seuils du SMT.
| Activité | SMT possible si le chiffre d’affaires HT annuel est inférieur à | Au-delà |
|---|---|---|
| Négoce | 60 000 000 FCFA | Système normal |
| Activités artisanales et assimilées | 40 000 000 FCFA | Système normal |
| Services | 30 000 000 FCFA | Système normal |
Le SMT reste une option : une petite entité peut choisir le système normal (art. 13), par exemple pour présenter un tableau des flux de trésorerie à un partenaire financier. Au SMT, l’entité tient une comptabilité de trésorerie (art. 21) et établit un bilan, un compte de résultat et des notes annexes selon les modèles du SYSCOHADA. Les variations de stocks, de créances et de dettes y sont prises en compte lorsqu’elles sont significatives (art. 28).
Exemple : trois entreprises de Lomé
- Un grossiste en quincaillerie réalise 55 000 000 FCFA HT. Il est sous le seuil de 60 000 000 FCFA du négoce : il peut tenir le SMT.
- Une menuiserie réalise 42 000 000 FCFA HT. Elle dépasse le seuil artisanal de 40 000 000 FCFA : système normal.
- Une agence de communication réalise 35 000 000 FCFA HT. Le seuil des services étant de 30 000 000 FCFA, elle applique le système normal.
Si vous exercez plusieurs activités, l’AUDCIF ne précise pas comment combiner les seuils : faites valider votre classement avant la clôture.
Attention : régime fiscal et système comptable ne coïncident pas toujours
Le CGI impose le SMT aux contribuables à la TPU déclarative, dont le chiffre d’affaires peut atteindre 60 000 000 FCFA, et un livre de recettes et de dépenses à ceux au forfait (CGI art. 138). L’AUDCIF réserve pourtant le SMT aux prestataires de services sous 30 000 000 FCFA : un prestataire à 45 000 000 FCFA est en TPU déclarative, mais au-dessus du seuil du SMT. Ce décalage s’analyse au cas par cas : voir notre guide de la TPU au Togo.
Quels états financiers le SYSCOHADA révisé impose-t-il ?
Au système normal, le jeu complet d’états financiers annuels comprend le bilan, le compte de résultat, le tableau des flux de trésorerie et les notes annexes, qui forment un tout indissociable (art. 8 et 26). Le TAFIRE ne figure pas dans cette liste : un dossier qui présente encore un TAFIRE à la place du tableau des flux de trésorerie n’est pas conforme au texte.
| État | Contenu imposé au système normal | Système normal | SMT |
|---|---|---|---|
| Bilan | À l’actif : actif immobilisé, actif circulant, trésorerie-actif, écart de conversion-actif. Au passif : ressources stables, passif circulant, trésorerie-passif, écart de conversion-passif (art. 30). | Oui | Oui, modèle simplifié |
| Compte de résultat | Opérations d’exploitation, opérations financières et hors activités ordinaires (HAO), soldes intermédiaires de gestion en cascade (art. 31). | Oui | Oui, modèle simplifié |
| Tableau des flux de trésorerie | Trésorerie nette d’ouverture, flux des activités opérationnelles, d’investissement, des capitaux propres et des capitaux étrangers, trésorerie nette de clôture (art. 32). | Oui | Non |
| Notes annexes | Informations complémentaires, engagements donnés et reçus, tout changement de présentation ou de méthode d’évaluation (art. 33). | Oui | Oui |
S’y ajoutent trois règles : le chiffre de l’exercice précédent pour chaque poste, une présentation identique d’un exercice à l’autre et l’interdiction des compensations non juridiquement fondées (art. 34). La direction établit aussi un rapport de gestion (art. 71).
Ce qui change avec le SYSCOHADA révisé : les règles à maîtriser
L’OHADA met aussi en avant la reconnaissance des référentiels des secteurs réglementés, l’obligation IFRS des entités cotées et des dispositions transitoires. Dans le texte, les règles suivantes touchent directement vos écritures de clôture.
| Sujet | Ce que prévoit le texte | Référence |
|---|---|---|
| Approche par composants | Ventilation d’une immobilisation corporelle en parties significatives (éléments dissociables, utilisations ou durées différentes, coût significatif), réservée aux bâtiments et ouvrages, avions, bateaux, camions, autocars, bus, véhicules blindés et à certains matériels industriels, miniers, agricoles, hospitaliers et pétroliers. | AUDCIF art. 38-1 |
| Révisions majeures | Le coût d’une inspection ou d’une révision majeure est inscrit comme composant de l’immobilisation. | Art. 38-2 |
| Coût d’entrée | Il inclut les coûts estimés de démantèlement et de remise en état du site, et les coûts d’emprunt des actifs qualifiés. | Art. 37 |
| Amortissements | Répartition du montant amortissable (coût moins valeur résiduelle) sur la durée d’utilité. Mode basé sur les revenus et amortissement financier interdits. Dotation obligatoire même sans bénéfice. | Art. 45 |
| Dépréciations | À chaque clôture, recherche d’indices de perte de valeur et comparaison avec la valeur actuelle. | Art. 46 |
| Provisions | Passif dont l’échéance ou le montant est incertain. Risques à moins d’un an en passif circulant. Provisions réglementées uniquement en application de textes, notamment fiscaux. Engagements de retraite obligatoirement provisionnés. | Art. 48 |
| Contrats de location | Distinction entre location simple et location-acquisition : dans ce second cas, le bien est inscrit à l’actif du preneur en contrepartie d’une dette. | Guide d’application, chap. 8 |
| Changements de méthodes | Admis seulement pour une meilleure information ou des circonstances impératives. Effets imputés sur les capitaux propres d’ouverture et expliqués dans les notes annexes. | Art. 40, 41 et 33 |
| Corrections d’erreurs | Une erreur significative d’un exercice antérieur se corrige par le report à nouveau, avec une information dans les notes annexes. | Art. 20 |
| Comptabilité informatisée | Validation des écritures au moins chaque mois, clôture informatique au moins trimestrielle, piste d’audit reconstituable. | Art. 22 |
Exemple chiffré : un camion amorti par composants
Votre entreprise de transport achète un camion 60 000 000 FCFA HT. Hypothèses : le moteur vaut 15 000 000 FCFA et sera remplacé après 4 ans ; le reste du véhicule, 45 000 000 FCFA, a une durée d’utilité de 10 ans ; valeur résiduelle nulle, mode linéaire.
- Sans composants : 60 000 000 / 10 = 6 000 000 FCFA de dotation par an.
- Avec composants : 45 000 000 / 10 = 4 500 000 FCFA, plus 15 000 000 / 4 = 3 750 000 FCFA, soit 8 250 000 FCFA par an pendant les 4 premières années.
- Écart : 2 250 000 FCFA de charge supplémentaire par an sur cette période. Le moteur de remplacement sera ensuite inscrit à l’actif comme composant, au lieu d’être passé en charges (art. 38-1).
La décomposition suppose que vous disposiez de statistiques fiables sur la durée d’utilité de chaque élément (art. 38-1). Le traitement fiscal de ces dotations se vérifie séparément dans le CGI.
Contrats de location : l’exemple du guide d’application
Le guide d’application qualifie de location-acquisition un crédit-bail dont l’option d’achat est incitative, car le preneur est raisonnablement certain de la lever. Dans son exemple, la machine entre à l’actif du preneur pour 450 000 milliers de FCFA, plus 50 000 milliers de frais d’installation, face à une dette de location-acquisition de 450 000 milliers (compte 173) ; les intérêts inclus dans les loyers vont au compte 672. Laisser ces loyers en charges minore vos actifs et vos dettes.
Calendrier de clôture de l’exercice 2026 : arrêté, liasse et approbation
| Étape | Échéance pour un exercice clos le 31 décembre 2026 | Texte |
|---|---|---|
| Inventaire physique et évaluation des biens, créances et dettes | À la clôture, le 31 décembre 2026 | AUDCIF art. 16 et 42 |
| Arrêté des états financiers | Au plus tard le 30 avril 2027 (4 mois) | AUDCIF art. 23 |
| Déclaration de résultat et liasse, en 5 exemplaires | Au plus tard le 30 avril 2027 (31 mai pour les assurances) | LPF art. 49 et 50 |
| Transmission des documents au commissaire aux comptes, s’il en existe un | 45 jours au moins avant l’assemblée générale ordinaire | AUDCIF art. 71 |
| Approbation des comptes par les associés | Au plus tard le 30 juin 2027 (6 mois) | AUDCIF art. 72 |
| Envoi des délibérations tenues après le dépôt de la liasse | Dans le mois qui suit leur date | LPF art. 51 |
| Conservation des livres et pièces justificatives | 10 ans | AUDCIF art. 24 |
Les personnes physiques au réel déclarent au plus tard le 31 mars (LPF art. 22), date à laquelle les contribuables à la TPU déclarative déposent aussi leurs états financiers. Pour les sociétés, la liasse comprend notamment les états financiers du système normal en 5 exemplaires (Administration fiscale, centrale des bilans, institut national de la statistique, greffe du tribunal, GUDEF) et la liste des clients avec lesquels vos ventes cumulées atteignent au moins 5 000 000 FCFA HT (LPF art. 50). Le calcul de l’impôt est détaillé dans notre guide de l’impôt sur les sociétés au Togo.
Ce que coûte une liasse en retard ou incomplète
Le défaut de déclaration de résultat dans les délais est puni d’une amende de 2 000 000 FCFA pour les grandes entreprises, 1 000 000 FCFA pour les moyennes entreprises et 300 000 FCFA pour les contribuables à la TPU déclarative et au réel jusqu’à 60 millions de chiffre d’affaires (LPF art. 113). Chaque omission ou inexactitude dans la liasse coûte 10 000 FCFA (LPF art. 114). Les dirigeants qui n’établissent pas les états financiers annuels encourent en outre une sanction pénale (AUDCIF art. 111).
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Checklist de clôture selon le SYSCOHADA révisé
- Confirmez le système applicable (normal ou SMT) à partir du chiffre d’affaires HT de l’exercice.
- Réalisez l’inventaire physique des stocks et des immobilisations, avec nature, quantité et valeur de chaque élément (art. 16).
- Rapprochez banques et caisse ; convertissez les disponibilités en devises au dernier cours connu (art. 58).
- Convertissez créances et dettes en devises au cours de clôture et provisionnez les pertes de change (art. 54).
- Mettez à jour le tableau des immobilisations par composants et passez toutes les dotations, même en cas de perte (art. 38-1 et 45).
- Recherchez les indices de perte de valeur et comptabilisez les dépréciations (art. 46).
- Recensez les litiges, garanties et engagements de retraite à provisionner (art. 48).
- Qualifiez chaque contrat de location : location simple ou location-acquisition.
- Intégrez les risques et produits connus entre la clôture et l’arrêté des comptes (art. 49).
- Documentez tout changement de méthode ou correction d’erreur dans les notes annexes (art. 20 et 41).
- Rédigez les notes annexes, dont les engagements donnés et reçus (art. 33), et le rapport de gestion (art. 71).
- Préparez la liasse, la liste des clients à 5 000 000 FCFA HT et plus et le relevé des amortissements et provisions (LPF art. 50).
- Validez les écritures, lancez la clôture informatique et testez l’extraction du fichier des écritures, dû sous 14 jours en vérification (LPF art. 216).
- Archivez livres et pièces pour 10 ans (art. 24).
Erreurs à éviter à la clôture
- Présenter un TAFIRE au lieu du tableau des flux de trésorerie.
- Se déclarer au « système allégé », qui n’existe plus.
- Suspendre les amortissements une année déficitaire : la dotation reste obligatoire (art. 45).
- Laisser un crédit-bail avec option d’achat incitative en loyers de charges.
- Modifier des écritures déjà validées dans le logiciel, alors que les traitements doivent être irréversibles (art. 22).
Questions fréquentes
Le SYSCOHADA révisé est-il obligatoire pour une SARL au Togo ?
Oui. Une SARL est soumise au droit des sociétés commerciales, donc à l’AUDCIF (art. 2). Elle applique le système normal, sauf si son chiffre d’affaires HT reste sous le seuil du SMT correspondant à son activité (art. 13).
Le système allégé existe-t-il encore ?
Non. L’article 11 de l’AUDCIF ne reconnaît que le système normal et le SMT, et l’OHADA présente l’abandon du système allégé comme une nouveauté du texte de 2017. Une entreprise qui s’y réfère encore doit se reclasser dans l’un des deux systèmes.
Une entreprise peut-elle clôturer son exercice au 30 juin ?
L’AUDCIF prévoit que l’exercice dure douze mois et coïncide avec l’année civile (art. 7). Seul le premier exercice peut être plus court ou plus long, selon qu’il commence au premier ou au second semestre.
Faut-il approuver les comptes avant de déposer la liasse du 30 avril ?
Non. Les états financiers doivent être arrêtés dans les 4 mois (art. 23) et approuvés dans les 6 mois de la clôture (art. 72). Si l’assemblée se tient après le dépôt, les délibérations sont transmises à l’administration dans le mois qui suit (LPF art. 51).
Combien de temps faut-il conserver les pièces comptables ?
Les livres comptables et les pièces justificatives se conservent 10 ans (art. 24). Le livre-journal et le livre d’inventaire sont cotés et paraphés par la juridiction compétente (art. 66), sauf tenue électronique offrant des garanties de chronologie et d’intégrité (art. 67).
Une PME doit-elle produire des états financiers IFRS ?
Non, sauf si ses titres sont cotés en bourse ou si elle fait appel public à l’épargne (art. 8). Ces états IFRS s’ajoutent alors aux comptes SYSCOHADA et ne servent pas au calcul du bénéfice distribuable. Une filiale peut toutefois devoir fournir un reporting IFRS à son groupe par contrat.
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Sources officielles
- OHADA, Acte uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière (AUDCIF)
- Guide d’application du SYSCOHADA révisé (chapitre 8 : contrat de location)
- OHADA, Acte uniforme relatif au Système comptable des entités à but non lucratif
- OTR, Code général des impôts et Livre des procédures fiscales mis à jour 2025
- OTR, Cahier fiscal 2025 (loi de finances, exercice 2025)


